Le dimanche 19 juillet 2026, dans le cadre de la tournée nationale de l’académicien Dany Laferrière initiée par le rectorat de l’UEH depuis quelques semaines, l’Association NarAction Haïti (ANAH), ci-devant ANA (Atelier des Apprentis Narrateurs), et le Fort Royal Hôtel, en partenariat avec le pôle culturel de la mairie, ont accueilli chaleureusement l’Immortel Vieux Os dans sa ville natale, pour une causerie animée sous le thème « Dany Retounen Tigwav : des fleurs pour noyer l’Immortel ».
Il y avait un bon nombre de personnes-fleurs, branches en mains, à attendre l’arrivée de l’écrivain Dany Laferrière depuis 9 h à Fort Royal Hôtel. On leur avait dit que l’hélico devant transporter l’écrivain était tombé en panne. La plupart ont gardé la foi. On leur avait dit que certains partenaires publics locaux se sont désengagés de leur promesse, mais ils s’en sont moqués : « pourvu qu’il vienne du ciel ou de la mer… ! » Il était 12 h 40 quand le beau public intergénérationnel aperçut l’arrivée de Vieux Os au jardin du Fort Royal Hôtel.
Dans la cour de l’hôtel, une modeste exposition de peinture et de livres, notamment de quelques exemplaires d’ouvrages de Dany Laferrière collectés auprès de plusieurs fonds documentaires privés de jeunes lecteurs de la ville, quelques œuvres des peintres locaux dont Wismy Faustin. C’est Monsieur Chadli Jean Louis, directeur adjoint de l’ANAH, qui a prononcé le discours d’ouverture, faisant place à Madame Daline Alexis, qui a repris les mots du recteur de l’UEH. Madame la Maire Johanne Siclait a clôturé cette première partie de l’événement par un discours de bienvenue officiel de cette « rencontre historique » paraphrasant la Mairesse. Celle-ci a profité de l’occasion pour décerner une plaque d’honneur à l’Immortel.
Modérée par Madame Dougenie Datismé (trésorière de l’ANAH), le cinéaste Penn Yserve et Mlle Ruth Simplice (étudiante de l’ANAH), la causerie a commencé par une question de Dany Laferrière adressée aux enfants : « Pourquoi avez-vous attendu si longtemps ? » L’Anapienne Anne-Carlie a répondu que le caractère précieux et exceptionnel de l’opportunité de rencontrer l’Immortel avait annulé la souffrance.
Puis, la causerie s’est déroulée avec passion autour des questions du public relatives à la pratique artistique de l’écrivain, son parcours, son identité, l’exil, l’enfance, Da, Vava et ainsi que ses secrets d’écriture.
Autour de son intervention, Dany a pris le public par la main pour un vagabondage imaginaire dans la ville, à l’instar de Vieux Os : « De la rue Lamarre des années 88 et la tasse de café de Da au coin de la galerie, à l’école Maurice Bonhomme située tout au bas de la rue Dessalines, en passant par un virage à la rue Saint-Paul devant le Calvaire pour revoir son ancienne institution, l’École des Frères. Enfin, un demi-tour en direction de la rue Bijou, pour contempler Vava, son grand amour. » Tout ce jeu imaginaire collectif visait à se remémorer une ville qui ne quittera jamais son esprit ni son âme.
« Kisa ki fè w vin Akademisyen ? »
Cette question, posée par l’un des enfants de l’ANAH, a particulièrement attiré l’attention de l’illustre écrivain haïtien. Loin de l’intriguer, cette interrogation qui pourrait sembler banale l’a poussé à déclarer sur le champ : « Tout a commencé à la rue Lamarre. C’est l’histoire de Petit-Goâve qui m’a amené à l’Académie française », a-t-il répondu d’une voix sereine. « C’est Da, le personnage le plus important de mon œuvre », a-t-il révélé, en partageant de petites anecdotes qui nous replongent au cœur de son enfance.
L’enfance apporte des enseignements, celle de Dany à la rue Lamarre des années 88, est nourrie par l’émerveillement d’un enfant devant la civilisation des fourmis « insectes les plus disciplinés », selon Dany Lafferière, celui garde tous les souvenirs d’une Grann omniprésente dans sa littérature de Petit-Goâve à l’Académie Française. « Depuis 60 ans, j’ai vu des libellules » nous a déclaré l’Académicien, se disant toujours fasciné par les petites choses de la nature vivante.
Le point d’orgue de cet événement fut le moment où le public a offert une véritable pluie de fleurs à l’Immortel, déjà vêtu d’un costume traditionnel confectionné par l’école de CTFAMODE pour la deuxième partie du programme.
Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un peuple honorer ainsi un écrivain. En 2013, les étudiants de l’ANA l’avaient déjà couronné « écrivain-roi » au lycée Faustin Soulouque, bien avant l’Académie française. En cet été 2026, la ville l’inonde de fleurs, et petits et grands lui témoignent leur amour.
Quand Dany Laferrière reviendra à Petit-Goâve en l’an 3000, trouvera-t-il une jeunesse qui lit ses livres et qui écrit les siens ? Cette rencontre aura-t-elle lieu sur une plage ?






















