L’écrivaine Évelyne Trouillot a reçu le « Gran Pri KOJES » le 2 mai 2026, au Centre Culturel Pyepoudre. Cette distinction, décernée lors de la clôture de la 2ème édition du Festival Kiltirèl KOJES, a salué l’ensemble de ses œuvres.
Une consécration inestimable
Le Kolektif Jèn Solèy a remis le Gran Pri KOJÈS à l’écrivaine Évelyne Trouillot lors de cette deuxième édition du Festival Kiltirèl KOJÈS. Ce prix est décerné chaque année à un.e écrivain.ne contemporain.ne de la littérature haïtienne. Il existe depuis le lancement de ce Festival annuel en 2025.
Chaque année, le Gran Pri KOJES distingue une voix, une vision, une œuvre qui marque notre temps. Il interroge notre société et enrichit notre imaginaire collectif. C’est dans cet esprit que le jury a porté son choix sur Évelyne Trouillot.
Figure incontournable de la littérature nationale contemporaine, Évelyne Trouillot dédie ses œuvres à la mémoire, l’histoire, les injustices sociales et la condition humaine. Elle est reconnue internationalement et récompensée à plusieurs reprises pour ses écrits. La romancière a qualifié cet hommage d’inestimable : « peu importe l’endroit où l’on peut t’honorer et te rendre un grand hommage. Mais lorsqu’on t’honore chez toi, cet hommage est inestimable. »
Une œuvre d’une grande intensité
Après une délibération rigoureuse et passionnée, le jury a tranché. Son choix s’est porté sur une écriture authentique, engagée et profondément humaine. Le Gran Pri KOJES 2026 est attribué à Évelyne Trouillot.
Le jury salue la puissance de son écriture et la profondeur de ses thèmes. L’absence, la colonisation, l’esclavage, la condition des femmes : autant de territoires que Trouillot arpente sans relâche. Son œuvre, selon le jury, « décèle le désespoir derrière les mensonges ».
Sa voix, poursuit le jury, n’est pas celle « qui baisse la tête et s’habille de porcelaine ». Elle est au contraire un pont où défile l’histoire et l’homme avec sa dignité. Ce prix vient ainsi saluer un talent exceptionnel et un engagement fort en faveur de la mémoire, de la culture et de l’identité.
Une carrière jalonnée de récompenses
En 2004, elle a reçu le prix de la romancière francophone du club Soroptimist de Grenoble pour son premier roman, Rosalie l’infâme. En 2005, sa toute première pièce de théâtre, Le Bleu de l’île, a été primée par Etc Caraïbe et l’Association Beaumarchais. En 2010, le Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde a récompensé son roman La mémoire aux abois. En 2014, elle a obtenu la bourse Barbancourt pour son œuvre Le Rond-Point.
Une œuvre romanesque ancrée dans l’histoire
Polyvalente, elle se distingue par son écriture qui traverse les divers genres littéraires. Rosalie l’infâme (2003) plonge dans l’esclavage à Saint-Domingue au XVIIIe siècle. Dans le même sillage colonial, Désirée Congo (2020) plonge dans la période coloniale et la veille de l’indépendance.
Par ailleurs, L’Œil-Totem (2006) explore la mémoire familiale, la résistance féminine et les cicatrices de l’histoire d’Haïti. Dans le même registre, Le Mirador aux étoiles (2007) traite des préjugés de couleur et des secrets familiaux.
Plus tard, La mémoire aux abois (2010) aborde les cicatrices de la dictature des Duvalier en Haïti. Sur un tout autre terrain, Le Rond-point (2015) met en lumière la triste réalité de Port-au-Prince, marquée par la violence, les enlèvements et le climat de peur. Dans la continuité, Absences sans frontières (2013) aborde les thématiques de l’exil et de la migration.
Enfin, Les jumelles de la rue Nicolas (2022), son dernier roman jusqu’à la publication de cet article, parle des violences subies par les femmes, de la féminité et de la migration.
Nouvelles, poésie et essai : une plume plurielle
Dans la catégorie nouvelle, elle a signé trois recueils. Le premier, La chambre interdite (1996) ; le second, Islande suivi de La mer entre lait et sang (1998) ; et Ma maison en dentelle de bois, suivi de Une cousine inattendue (1999). Puis Parlez-moi d’amour (2002) et le dernier en date, Je m’appelle Fridhomme (2017).
Au rayon poésie, elle a déposé le recueil le plus récent en 2023 : Il faut parfois chanter. Elle a publié auparavant Par la fissure de mes mots en 2014, et Sans parapluie de retour en 2001. Son écriture poétique ne reste pas prisonnière de la langue française. En 2005, elle a livré à la littérature haïtienne Plidetwal, et en 2020, Yon kòd Gita.
Elle a écrit également L’île de Ti Jean (2004), un album illustré par Sophie Mondésir, accompagné d’un CD musical. Sans oublier son essai, paru en 2002, intitulé Restituer l’enfance : État de droit et enfance en Haïti.
L’attribution de ce prix témoigne de la reconnaissance dont bénéficie Évelyne Trouillot. Elle consolide ainsi sa position de figure littéraire de premier plan en Haïti.






















