Avec « Ma langue salue ton sel » , Oldyne Richard fait son entrée dans la galerie des poètes de la littérature francophone, haïtienne et jacmélienne. Paru en mai 2026 aux éditions Plimay, la jeune poétesse porte la douceur de l’intime, lyriquement, dans un titre accrocheur. Ce recueil marque le début d’une aventure littéraire pour une poétesse dont les écrits sont longtemps restés à l’état de manuscrit, loin du grand public.

Un rapport complice avec la littérature
Avant d’être publiée, l’écriture suit un cheminement. Pour Oldyne Richard, l’écriture prend sa place peu à peu, comme un moule qui donne forme à ses émotions, à ses remises en question et à sa façon de voir le monde. Cette capacité se nourrit de ses interactions avec les livres, de ses vécus et de son environnement.
Passionnée de littérature dès son plus jeune âge, elle s’attache surtout aux fables et à la poésie. Des poètes comme René Philoctète et Georges Castera Jr. comptent parmi ceux qui l’ont le plus influencée. Elle commence à écrire en classe de septième année fondamentale. Son premier texte s’inspire des « Vautours » du poète sénégalais David Diop. Avec le temps, elle développe une sensibilité pour les mots et les transforme en poésie.
Son parcours témoigne d’une passion constante pour la création littéraire. Avec ses cahiers pleins de textes, elle entend bien poursuivre son œuvre.
« Pour moi, la littérature est une arme qui me permet de lutter contre de nombreuses difficultés de la vie. Lorsque je traverse des moments difficiles, j’écris. Quand j’ai faim, j’écris. Quand je ris, j’écris. Quand je suis triste, j’écris. Quand je suis dans la joie, j’écris. L’écriture m’accompagne dans toutes les circonstances de mon existence ; elle est à la fois un refuge, un moyen d’expression et une manière de faire face aux épreuves du quotidien », confie-t-elle.
Oldyne Richard, auteure de Ma langue salue ton sel
« Ma langue salue ton sel », une entrée triomphalement poétique
Dans « Ma langue salue ton sel », Oldyne Richard propose un voyage pour explorer le « trentième monde ». Elle désigne ainsi, dans son poème « Cœur défripé », le territoire qu’elle invite les lecteurs à découvrir. Avec un titre aussi captivant, qui évoque d’emblée la sensualité, l’auteure ne se contente pas d’arpenter la géographie du corps. Elle dessine avec justesse la cartographie de chaque instant intime.
Avec une plume riche en images et une sensibilité inventive, elle amène les lecteurs vers l’érotisme, sous couvert de thématiques variées : la nature, le voyage, l’amour, l’absence, la nostalgie, la mélancolie, l’identité, la mémoire et la condition d’être. Elle porte sur la place publique ce que l’on pratique en privé, grâce au génie de sa plume. La technicienne en informatique ouvre son recueil avec un visage rempli de « Mines d’audaces » :
« … plaide coupable le stylo de mon âme
dessinant clarté et nonchalance du soir
j’aime être nue sur les voiliers
caverne d’étoiles assoiffées d’éternité »
Un dialogue entre souffrance personnelle et fractures sociales
La langue poétique, l’association inattendue des mots, les images évocatrices et les jeux de langage révèlent une écriture d’une rare finesse. Des vers comme « j’ai soif d’une tasse de baisers » ou « on se po-aime mieux que cœur » en témoignent. Un dialogue entre le « je » et le « tu », souvent marqué par la douleur et les fractures sociales.
Au-delà de cette exploration de l’expression poétique, le recueil décrit une suite de secousses. Les trente poèmes qu’il comporte ne vont pas dans un sens unique. La parole s’y fragmente entre souffrance personnelle, réalité sociale, mémoire historique et situation actuelle du pays.
« la mer jalouse fendait les vagues de ma vie »
Oldyne Richard, auteure de Ma langue salue ton sel
L’engagement patriotique répond présent aux côtés de la souffrance intime.
« À toi qui m’aspires peuple
Marginalité et stoïcisme
T’es ennemis mes ennuis
À toi cœur qui casse et tracasse
À toi terre noire et abattue »
Les vers remontent également le passé colonial et esclavagiste.
« Sous l’air foutu de l’horizon
Je vois les cendres des maîtres
L’incendie des bêtes
L’encens d’esclaves »
Un recueil qui dénonce autant qu’il chante
Ma langue salue ton sel porte un engagement poétique, politique et historique fort. La simple expression esthétique ne résume pas l’œuvre : elle dénonce.
« Désolé ! Si les chiens et leurs maîtres se discutent l’os »
Sa musicalité se distingue également. Les rythmes, les sonorités et la quasi-absence de signes de ponctuation facilitent la lecture et donnent aux poèmes leur souffle particulier.
« j’ai vu nos aïeux foyers forgeant nous figer »
Écrits en vers libres, les poèmes n’obéissent pas aux règles de la poésie classique. Ma langue salue ton sel s’impose ainsi comme un cri, une mémoire et une invention poétique à part entière.
Une année, deux distinctions
En une seule année, Oldyne Richard signe deux coups littéraires notables. Outre la publication de ce premier recueil en 2026, son manuscrit Un monde dans un monde a été présélectionné au Prix de l’invention poétique 2026, confirmant l’émergence d’une voix nouvelle dans le paysage poétique haïtien.






















