Dans le paysage du football haïtien en pleine reconstruction, certains profils émergent non seulement par leurs qualités techniques, mais aussi par la force de leur trajectoire. Joberto Montrose s’inscrit clairement dans cette catégorie. Né à Léogâne, plus précisément dans la localité de Chatuley, ce jeune latéral droit incarne à la fois la rigueur des écoles de formation locales et la résilience d’une génération confrontée à de multiples obstacles.
Derrière le joueur élégant que l’on observe aujourd’hui sur le terrain se cache un parcours forgé dans la simplicité et le travail. « Pakou mwen te kòmanse nan zòn lakay mwen, nan jwe ak zanmi »[1], confie-t-il, avant d’intégrer Depoze FC, son club formateur, dirigé par Jeunesson Casimir.
Cette rencontre sera déterminante. « Si jodi a mwen kapab pwodui kalite foutbòl sa, se gras ak Jeunesson Casimir »[2], reconnaît-il, soulignant l’importance de cet encadrement dans son développement technique et sa relation au ballon.
Son parcours n’est pourtant pas linéaire. Après une première expérience en troisième division avec l’équipe d’Aspril, où il s’impose progressivement comme un élément clé – « mwen te enpoze m kòm yon kad nan ekip la »[3] – pour reprendre les mots du natif léoganais, la suspension des activités du club vient freiner son élan.
Mais loin de céder au découragement, il retourne à Depoze FC et contribue activement à la montée du club. Il se souvient notamment d’une action décisive, une passe délivrée dans les derniers instants qui a permis à son équipe de franchir un cap. Ce moment symbolise déjà ce qui deviendra sa marque : être décisif quand cela compte.
Cependant, le véritable tournant de son histoire réside dans ses échecs répétés avec l’Association Sportive Cavaly de Léogâne. À trois reprises, il participe à des stages sans réussir à convaincre le staff technique. « Sa te blesse m, men mwen pat bay vag. Mwen toujou fokis, mwen travay sou tèt mwen »[4], explique-t-il.
Cette persévérance finit par payer. « En 2025 mwen te fini meyè latéral dwat nan AJSL; se la direksyon ekip Cavaly a te apwoche m pou m te kapab fè pati bèl ekip foutbòl sa »[5], précise-t-il. Il ne revient alors plus comme stagiaire, mais comme un joueur intégré, « yon kad nan efektif la »[6]. Une évolution qui témoigne d’une maturité rare et d’une capacité à transformer l’adversité en levier de progression. « Eksperyans sa aprann mwen pou mwen pa janm abandone »[7], ajoute-t-il avec lucidité.
Sur le terrain, l’ancien pensionnaire de la formation d’Aspril se distingue par une qualité de déplacement peu commune pour un latéral. Il refuse de s’enfermer dans son couloir, cherchant constamment à influencer le jeu au-delà de son poste. Sans se définir comme un joueur polyvalent, il admet s’adapter aux exigences tactiques : déjà utilisé comme défenseur central à deux reprises et capable d’apporter son soutien au milieu de terrain. Cette flexibilité, combinée à une base technique solide, renforce son utilité dans le football moderne.
Son style s’inscrit aussi dans une logique d’apprentissage permanent. Inspiré par des références comme Achraf Hakimi, il observe, analyse et s’approprie les qualités des meilleurs pour enrichir son propre jeu. Mais il refuse toute comparaison directe : sa priorité reste sa progression personnelle. Dans cette dynamique, il identifie clairement ses axes d’amélioration, notamment la finition. À ce sujet, il affirme : « Mwen ap travay aktyèlman sou finisyon, ni ak pye goch ni ak pye dwat »[8], preuve d’une lucidité essentielle pour franchir un cap.
Ambitieux sans être naïf, le joueur de l’AS Cavaly garde les pieds sur terre tout en visant haut. Son rêve est clair : « Rèv mwen se pote koulè ekip nasyonal la »[9]. Une ambition qui dépasse le cadre individuel et s’inscrit dans une volonté de représenter dignement son pays.
Enfin, son message à la jeunesse résonne comme une synthèse de son parcours : « Foutbòl se yon espò ki mande anpil sakrifis… marye pasyon, disiplin ak travay, rezilta yo ap vini »[10]. Une leçon simple, mais profondément incarnée.
À travers son histoire, Joberto Montrose n’est pas seulement un joueur prometteur. Il est le reflet d’un football haïtien qui lutte, apprend et espère. Un talent en construction, guidé par une certitude : rien ne remplace le travail, et aucune porte fermée n’est définitive.
[1] Mon parcours a commencé dans mon quartier, en jouant avec des amis.
[2] Si aujourd’hui je peux produire ce type de football, c’est grâce à Jeunesson Casimir.
[3] Je me suis imposé comme un élément clé de l’équipe.
[4] Cela m’a fait mal, mais je n’ai pas abandonné. Je suis resté concentré et j’ai travaillé sur moi-même.
[5] En 2025, j’ai été désigné meilleur latéral droit de l’AJSL ; c’est à ce moment-là que la direction du Cavaly m’a approché pour rejoindre cette belle équipe.
[6] Un joueur cadre de l’effectif.
[7] Cette expérience m’a appris à ne jamais abandonner.
[8] Je travaille actuellement sur ma finition, aussi bien du pied gauche que du pied droit.
[9] Mon rêve est de porter les couleurs de l’équipe nationale.
[10] Le football est un sport qui exige beaucoup de sacrifices… il faut allier passion, discipline et travail, et les résultats viendront.






















