Lore Haïdare Thibaud a remporté la première place de la finale de la 3e édition du concours Eloquentia Jacmel, organisée le samedi 9 mai 2026 au Centre de Convention. Opposée à trois autres finalistes, elle s’est distinguée devant le jury par son aisance oratoire. Derrière cette victoire se dessine un parcours fait d’heures arrachées au sommeil, d’échecs de timidité et de persévérance. Une histoire qui commence avant la gloire.
Bien avant les salves d’applaudissements, les cris de joie et les éloges du public, il y a toute une construction. Une trajectoire qui prend racine loin de la scène.
Première scène, premier déclic
Née à Carrefour le 28 juin 2005, elle quitte la commune récemment pour s’établir à Jacmel à cause de l’insécurité grandissante. Elle grandit dans un environnement où la rigueur et les valeurs familiales jouent un rôle important dans sa formation. Très tôt, elle apprend que rien ne s’obtient sans effort. À l’école, elle fait preuve d’une élève attentive, appliquée, mais discrète au point même de s’éloigner de toute activité publique. Cependant, un souvenir reste enfoui dans sa mémoire.
« Le souvenir qui m’a le plus marquée, c’est la première fois où j’ai participé à une activité », raconte-t-elle en se souvenant de cette activité scolaire. En classe de 4ème fondamentale à l’époque où elle monte sur scène pour la première fois afin de chanter avec une chorale. Ce jour-là, sous le regard fier de sa mère, elle a vaincu l’enfant réservé en elle.
Étant longtemps fille unique, elle l’a profité pour tisser un lien avec les livres. Lire devient un refuge, une passion jusqu’à devenir une partie intégrante de sa vie, d’où son rapport avec les mots. « Depuis toute petite, j’ai toujours aimé tout ce qui touche aux lettres et à la parole », confie-t-elle.
La parole, pourtant, ne s’impose pas immédiatement comme une évidence. Ce n’est que plus tard, à travers des activités scolaires et le théâtre, que sa capacité pour l’art oratoire commence à sortir de l’ombre. Elle-même le reconnaît : sa timidité a longtemps été une limite, mais aussi un point de départ.
Échec à Eloquentia 2025 : un stimulant
« Ce n’est pas un coup de baguette. L’année dernière, j’ai participé à Eloquentia, l’aventure a terminé en demi-finale », confie-t-elle. L’expérience de 2025, marquée par un échec, aurait pu l’éloigner de ce chemin. Pourtant, elle a choisi le verbe « revenir » au lieu de « abandonner ». « À chaque fois que la vie te donne une claque, cela ne veut pas dire que tout est fini », adresse-t-elle à tout le monde.
En 2026, elle se présente à nouveau au concours. Entre-temps, elle travaille, répète, doute et décourage parfois, mais persévère. Les heures de préparation, les nuits blanches, font d’elle l’oratrice qu’elle est aujourd’hui.
Lors de la finale, elle se distingue face aux autres finalistes par la qualité de son discours, la maîtrise de sa voix, de ses gestes et sa présence scénique. Le jury la récompense, la salle l’acclame. Elle inscrit son nom au palmarès de la 3e édition Eloquentia Jacmel.
Grâce à cette victoire, elle représentera Haïti en France en août prochain face à plusieurs jeunes orateurs et oratrices internationaux. Ces candidats seront tous sacrés champions du concours Eloquentia organisé dans leurs pays et régions respectifs. Cette phase permettra au jury de désigner quatre finalistes pour la 10e édition internationale parmi les meilleurs candidats issus de plusieurs territoires francophones.
L’échec lui a appris la persévérance, la réussite lui offre aujourd’hui une reconnaissance.
L’art-oratoire, sa passion
Pour elle, l’art oratoire n’est pas seulement une performance, mais une passion et une conviction : celle que la parole peut transformer. « L’art oratoire est quelque chose que j’aime, quelque chose qui me passionne », dit-elle simplement.
Et si son nom résonne aujourd’hui sous les applaudissements, elle continue d’écrire son parcours.
À côté de son aura, Lore Haïdare Thibaud poursuit des études en sciences juridiques. À travers cette formation, elle éprouve son attrait pour le droit, la justice et les sciences politiques. Un domaine qui marche de pair avec la parole. Elle est également étudiante en sciences informatiques. Deux domaines qui témoignent de la motivation d’une jeune femme guidée par l’apprentissage.






















