Guerby Jean et Ritchy Fortuné, journalistes à Radio Télé Métropole et anciens collaborateurs de Vive Voix Info, ont remporté respectivement le premier prix en presse audiovisuelle et en presse radiophonique de la neuvième édition du Prix Jeune journaliste en Haïti. Les prix ont été remis à Pétion-Ville, au siège de la représentation régionale de l’OIF, le jeudi 15 octobre 2026. Leurs reportages portaient sur la jeunesse face à la crise sécuritaire et humanitaire, thème d’une édition qui a réuni vingt-neuf jeunes journalistes. Le concours reprend après avoir été suspendu pendant près de quatre ans, en raison de l’insécurité.
Ces deux reportages traitent de la place des jeunes dans la violence armée. En radio, Ritchy Fortuné s’est penché sur le paradoxe de la réhabilitation des enfants en Haïti, en particulier de ceux enrôlés dans les gangs. En audiovisuel, Guerby Jean pose la question suivante : « Qu’adviendra-t-il des jeunes des groupes d’autodéfense ? » Il s’interroge sur l’avenir des jeunes engagés dans la défense de leur quartier, alors qu’aucun mécanisme de contrôle de l’État n’encadre leur action.
Trois autres journalistes complètent la liste des gagnants. En presse écrite, Daniella Saint Louis et Lucnise Duquereste ont été distinguées, respectivement première et deuxième. Geneviève Rose Murdith Joseph a obtenu le deuxième prix en radio. Seul Guerby Jean a été primé en audiovisuel.
J’ai toujours voulu utiliser mon micro en étant conscient que je détiens un mandat implicite de la population, qui me confère une certaine légitimité sociale.
Ritchy Fortuné
Le paradoxe de la réhabilitation
Ritchy Fortuné suit ce sujet depuis plusieurs années. En 2023, il avait déjà remporté le prix OPC avec un reportage intitulé « L’enrôlement des enfants dans les gangs armés, une catastrophe sociale qui ne dit pas son nom ». Au centre d’accueil de Delmas 3, il avait rencontré des enfants et des jeunes qui résistaient encore aux sollicitations des bandits, après avoir vu partir certains de leurs camarades.
Son nouveau reportage s’intéresse à ceux qui, enrôlés de force, veulent quitter les gangs mais se heurtent à de nombreux obstacles. « Le dysfonctionnement des principales structures de l’État complique le processus de réhabilitation », explique-t-il à Vive Voix Info.
Pour certains, rester dans ces groupes est aussi une façon de subvenir, « tant bien que mal, aux besoins de leur famille », sans que l’État leur propose d’autre solution.
Sur les raisons qui l’ont poussé vers ce thème, il évoque « une sensibilité personnelle qui rejoint, chemin faisant, un engagement journalistique ». « De nature, j’aime les enfants », confie-t-il. Avant même de devenir journaliste, il avait lancé plusieurs programmes destinés aux enfants au sein de l’Organisation pour la promotion des valeurs éducatives et culturelles d’Haïti (OPVECH), dont il était le secrétaire général il y a une dizaine d’années.
« J’ai toujours voulu utiliser mon micro en étant conscient que je détiens un mandat implicite de la population, qui me confère une certaine légitimité sociale. Or, cette légitimité suppose un engagement constant à dénoncer tout ce qui marginalise la population et porte atteinte à sa dignité », ajoute-t-il. Et de conclure : « Cet engagement m’accompagnera, à coup sûr, tout au long de ma carrière ».
J’ai donc été témoin de l’organisation de la résistance populaire face à l’incapacité de l’État à garantir la protection de ses citoyens. Des jeunes moins âgés que moi se sont engagés aux côtés des policiers pour se battre.
Guerby Jean
Un sujet vécu de l’intérieur
Ce sujet, Guerby Jean le connaît de près : « C’est à la fois une sensibilité personnelle et une curiosité journalistique », confie-t-il à Vive Voix Info. Son quartier, Solino, a subi pendant plus de deux ans les assauts des gangs, qui en ont pris le contrôle total en novembre 2024. « J’ai donc été témoin de l’organisation de la résistance populaire face à l’incapacité de l’État à garantir la protection de ses citoyens. Des jeunes moins âgés que moi se sont engagés aux côtés des policiers pour se battre. Certains sont morts, d’autres ont survécu. Que sont-ils devenus après les combats ? »
La même question l’a rattrapé à Carrefour-Feuilles, où il réalisait il y a quelques mois un reportage sur la reprise timide des activités. Là-bas, il a été « une fois de plus confronté à la réalité de ces jeunes ». Il décide alors de leur consacrer un reportage. Avec son équipe, et avec leur collaboration, il les a suivis pendant deux jours, du matin à la tombée de la nuit, pour raconter leur histoire et comprendre leurs motivations. « S’ils ont été armés par les autorités policières et locales et s’ils accompagnent les forces de l’ordre sur le terrain, c’est parce que leur contribution n’est pas négligeable. Dans ce cas, qu’adviendra-t-il d’eux ? »
La formation journalistique, un pari gagnant
Les deux lauréats ont été formés à l’ÉCOLE DES MÉDIAS. Ils voient dans leur sacre « une double victoire pour l’ÉCOLE DES MÉDIAS qui les a formés et accompagnés tout au long de leur parcours dans le métier », rapporte IMÉDIAS, la plateforme multimédia de l’école. « Si j’ai eu plusieurs expériences à succès dans ce métier, c’est grâce à la formation que j’ai reçue à l’école », insiste Ritchy Fortuné sur la plateforme IMÉDIAS.
Le prix, une vitrine et un tremplin
Pour Guerby Jean, le prix est surtout « une vitrine majeure », comme il l’a confié à IMÉDIAS. « J’espère donc que ce prix aura contribué à relancer le débat et à faire en sorte que la voix de ces jeunes, qui ont accepté de témoigner, soit entendue par les autorités », déclare-t-il à notre rédaction.
Ritchy Fortuné mise aujourd’hui sur la visibilité de ce nouveau prix, qui « suscitera désormais plus d’intérêt pour ses travaux journalistiques au sein de l’opinion publique », confie-t-il à IMÉDIAS. Il compte aussi sur lui pour donner un nouvel élan à sa carrière.
Les deux lauréats effectueront chacun un stage d’un mois en France : Ritchy Fortuné à RFI, Guerby Jean à TV5MONDE. Leur objectif est d’« acquérir plus de compétences et d’expériences, pour ensuite les faire valoir dans leur travail », font-ils savoir. À leur retour, ils comptent transmettre ces acquis aux plus jeunes.
Les trois autres lauréates seront accueillies au Gabon. Daniella Saint Louis passera un mois au quotidien L’Union. Lucnise Duquereste y passera un mois et demi. Geneviève Rose Murdith Joseph passera la même durée à Gabon 24.
Le représentant régional de l’OIF, Emmanuel Adjovi, a salué la qualité des productions reçues. Selon lui, « en Haïti s’annonce la promesse d’une floraison de journalistes et autres professionnels des médias rompus à la fabrique d’informations équilibrées », rapporte Le Nouvelliste.





















