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Journalisme de solution (VVI)

La pratique du journalisme de solutions est une réponse idéale à la question de valorisation du métier d’informer en Haïti. Le journalisme de solutions (SOJO) est une réponse globale qui mesure l’utilité de l’information et son impact positif dans la vie réelle du citoyen. Cette pratique du journalisme n’enlève rien à la signification sociale des faits, elle inscrit cette signification dans une dynamique de mobilité, d’inspiration qui résulte de l’engagement du citoyen dans le processus de développement communautaire et social.

Informer est la lourde tâche que le journaliste doit assumer même au péril de sa vie. La valorisation de son métier par la diffusion d’informations de solutions s’avère nécessaire dans le contexte actuel.

En effet, les travailleurs de la presse sont les principaux chefs d’orchestre du traitement de l’information. Une fois traitée, sa diffusion rappelle, souligne, interpelle le citoyen de ses choix aux élections, des décisions de ses dirigeants, de la détérioration du climat social, politique ou économique et autres. C’est-à-dire, le citoyen est mis au courant de l’état des choses.

Une information qui promeut des solutions est un angle d’approche axé sur le progrès communautaire. Certainement, le journalisme de solutions considère le monde tel qu’il est, en analysant et en rendant compte des problèmes, des défis, des enjeux contemporains, mais ajoute un élément susceptible de modifier le comportement du citoyen par rapport à l’information, la mise en œuvre de connaissances, d’initiatives sur le terrain pour apporter des éléments de réponse.

Comment la pratique du métier d’informer en Haïti peut-elle être valorisée ? Le journaliste peut-il être la voix porteuse de solutions ? Dans cet article, nous proposons la méthode « solution » comme moyen de valoriser le métier d’informer en Haïti dans le contexte social actuel

Vers la valorisation du métier d’informer par le biais du « journalisme de solutions »

Rares sont les journalistes et médias qui adoptent l’approche « solutions » en Haïti. Ceci n’est ni un défaut ni à contresens de la pratique du métier en elle-même. Cependant, avec une telle approche, cela pourrait inspirer les citoyens à voir les défis sociaux et sécuritaires avec plus de perspectives. La pratique d’une telle approche pourrait continuer à informer le citoyen haïtien sur les faits, tout en attirant leur regard sur les moyens à mettre en œuvre pour aboutir à la solution de multiples crises qui paralysent la communauté. L’expérience du journalisme de solutions dans les sociétés occidentales a peut-être amorti le choc négatif de l’information au bénéfice d’un engagement social et communautaire propulsé par les journalistes sans entraver la déontologie et l’éthique du métier.

L’information de solutions en temps de crise

Depuis plus de 3 ans, la société haïtienne fait face à une crise « multidimensionnelle » inédite selon les acteurs nationaux ; la situation sécuritaire s’est aggravée avec la mauvaise gouvernance. Les groupes armés défient carrément les forces de l’ordre. Presque la totalité des informations produites et diffusées en rapport à ce moment macabre ne fait que refléter le caractère déshumanisant de la crise et l’atrocité des acteurs en scène. Le constat et la description des faits, lorsque le journaliste rend compte des événements, restent du journalisme pur et simple, mais mobilisent moins les avancées vers les solutions adéquates.

L’essence même du métier d’informer ne consiste pas en des facteurs de solutions, mais avec une telle approche le citoyen peut mieux se prémunir contre des fléaux. Aujourd’hui, l’obsession des médias traditionnels pour les informations de première main, ne relève que de la pratique du métier d’informer, cette même pratique se diffère d’un point de vue de contenu des articles chez certains médias, comme par exemple Ayibopost, qui a un véritable impact social en axant sur l’utilité des informations traitées.

Le rôle avant-gardiste des travailleurs de la presse, peut-il se résumer à des scoops ?

La valorisation que doit tenir à cœur les jeunes travailleurs de la presse d’aujourd’hui passe par le développement de capsules informatives axées sur la recherche de solutions, d’ailleurs, le contexte actuel justifie ce besoin pressant de s’informer autrement, compte tenu des multiples crises que confronte la société. Le manque d’initiatives, d’impacts, ou de solutions dans la méthodologie de traitement de l’information en Haïti a ouvert une brèche à une infobésité de la violence des gangs et du kidnapping. Cette surcharge informationnelle n’est pas sans conséquence émotionnelle.

Apeurée, la population se confine. Les rues sont désertes très tôt le soir. La valorisation par le biais de l’information de solutions n’est pas un appel à masquer les faits. En revanche, elle appréhenderait ces faits sous un angle susceptible de susciter plus d’intérêts pour les solutions permanentes et la prise d’initiatives. L’exemple de la construction du canal à la rivière massacre à Ouanaminthe illustre parfaitement cet engagement citoyen.

L’approche « solutions », un mécanisme pour lutter contre la dépression

Dans un article paru sur le site de Reporters d’Espoirs, une ONG lancée en 2004, reconnue pour sa mission de promouvoir l’information anglée sur la solution dans les médias occidentaux, notamment en France, le journalisme de solutions est justifié dans une série de questions à la fois pertinentes et pragmatiques : « Confiner la population dans la peur ne serait-il pas tout autant le lot de despotes qui voudraient éviter qu’elle n’aspire au changement, à la prise d’initiative ? Lit-on. Est-ce l’excès de positivisme qui caractérise l’oppression ? Ou bien le fait de semer la terreur, de contrôler, museler, réécrire l’histoire ? ». Ces questions permettraient de mieux comprendre le rapport entre les médias de masse, notamment les pure players, et le phénomène de dépression. Ces derniers se questionnent-ils assez sur leur véritable rôle dans la lutte contre un tel phénomène?

Puisque l’obsession n’a rien à voir avec les mécanismes à mettre en place pour limiter l’impact de l’information dépressive, l’information de «solutions» promeut un amortissement. Elle peut être une réponse essentielle dans le contexte actuel surtout face à la dépression qui résulte de l’information qui affecte la santé mentale accélérée par les réseaux sociaux.

Selon une étude de l’Université de Montréal (2019) dirigée par Patricia Conrod, il est révélé que les symptômes de dépression s’aggravent chez les adolescents les plus actifs sur les réseaux sociaux. Or, la diffusion de l’information est passée à la vitesse de croisière sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, les jeunes passent plus que la moitié de leur temps sur ces réseaux où pullulent les informations qui affectent leur santé mentale. Des informations qui sont certes, le reflet de la cruauté des groupes armés comme : les cadavres déchiquetés dans les dédales de Port-au-Prince, la prise d’assaut inédite dans un nouveau quartier, tuerie de masse, viol, vol, autant de faits outrageux.

L’approche « solutions » ne constitue pas une rétorsion ou une déformation de l’information par le journaliste, « c’est une méthode de traitement », comme le souligne Reporters d’Espoirs. C’est l’information qui ne se focalise pas de manière univoque sur les gangs qui tuent, les banlieues qui brûlent, les entreprises qui délocalisent ou encore les déplacés expulsés d’une place publique (place Hugo Chavez à la commune de Tabarre), cette univocité tend à contribuer systématiquement à la propagation de la peur et de l’immobilisme, souligne l’ONG. Dans de telles circonstances, le journaliste ne doit-il pas jouer un autre rôle ?

Donc, « l’approche solutions » n’est pas un appel à informer la population avec un taux exagéré de positivité comme s’il ne faudrait qu’une surabondance de positivité dans les journaux pour un réveil social en Haïti. C’est de rendre compte des faits constructifs capables d’éveiller la curiosité de ces citoyens sur la recherche de solutions aux multiples problèmes auxquels est confronté le pays.

Références

https://nouvelles.umontreal.ca/article/2019/07/15/

https://numilog.com/

https://www.solutionsjournalism.org/

Crédit image : Getty images