Alors que la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS) quitte Haïti après deux ans d’opérations sous-financées et incomplètes, la Force de Répression des Gangs (FRG), autorisée par la résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité des Nations Unies, a amorcé son déploiement le 1er avril 2026 dans le pays. Conçue sur un mécanisme de déploiement analogue à celui de la mission kényane, cette nouvelle force multinationale suscite des inquiétudes.
La FRG est autorisée pour une durée d’un an, en remplacement direct de la MMAS. Elle pourra compter jusqu’à 5 500 membres, composés en grande majorité de militaires. Pour atteindre cet effectif, plusieurs pays sont appelés à déployer des troupes : le Tchad, le Sri Lanka, la Côte d’Ivoire, le Bangladesh, la Sierra Leone et la Zambie.
Le déploiement a débuté le 1er avril 2026, avec l’arrivée d’un premier contingent d’une cinquantaine d’agents tchadiens. L’objectif est d’atteindre l’effectif complet d’ici octobre 2026. À titre de comparaison, la MMAS, dirigée par le Kenya et dotée d’un objectif de 2 500 membres issus de divers pays contributeurs, n’avait pu déployer qu’un millier d’agents jusqu’à la fin de sa mission, a rappelé ONU Info.
Contrairement aux opérations de maintien de la paix classiques, la MMAS n’était pas une mission onusienne à proprement parler. La FRG s’inscrit dans la même logique, avec pour mandat d’appuyer la Police Nationale d’Haïti (PNH) dans sa lutte contre les groupes armés. Cette force multinationale opère avec une certaine forme d’autonomie, déployée « conformément au chapitre VII de la Charte des Nations Unies », lequel habilite le Conseil de sécurité à autoriser le recours à la force lorsque la paix et la sécurité internationales sont menacées, selon une publication de l’ONU.
William O’Neill, expert désigné des Nations Unies sur la situation des droits humains en Haïti, juge la transformation de la mission kényane en FRG déterminante. « Pour vraiment inverser la tendance, démanteler les gangs et reconquérir des territoires, il faut une force beaucoup plus robuste », estime-t-il. L’ancienne mission, souligne-t-il, n’a « jamais disposé du matériel adéquat » et n’a « même pas atteint la moitié des effectifs prévus ».
Pour les États-Unis, co-auteurs du texte de la résolution, cette décision permet à la communauté internationale de « se mettre à la hauteur » du défi sécuritaire haïtien. Si la MMAS a permis d’« éviter un effondrement complet du gouvernement », elle ne disposait pas « des moyens nécessaires pour réussir », a reconnu le représentant américain au Conseil de sécurité.
La Russie, pour sa part, a dénoncé la résolution visant à remplacer la MMAS par la FRG. Son représentant a qualifié l’initiative d’« aventure dangereuse et mal conçue » et a exprimé la crainte que la FRG reproduise les erreurs de sa prédécesseure, notamment « le manque chronique de financement et l’absence d’évaluation sérieuse de son efficacité ». Il a également mis en garde contre un mandat « quasi illimité » de recourir à la force, sans mécanisme clair de financement ni garanties sur le recrutement du personnel.
Si plusieurs similitudes rapprochent les deux missions, la FRG se distingue toutefois par la mise en place d’une structure inédite : le Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH), créé par la résolution dans le but de combler certaines lacunes logistiques. William O’Neill juge cette dimension décisive. Selon lui, « jusqu’ici, les forces déployées ont manqué de véhicules adaptés au terrain difficile, de pièces de rechange, d’hélicoptères et de moyens maritimes », une insuffisance qui a laissé aux gangs la possibilité de bloquer les routes et d’isoler la capitale.
En parallèle à la MMAS, les autorités haïtiennes avaient également contractualisé avec une entreprise américaine, Windward Wyoming LLC, en guise de réponse complémentaire. Malgré l’appui de la force multinationale et la signature de ce contrat, la conquête de nouveaux territoires par les groupes armés se poursuit.





















