Le Jardin Botanique des Cayes, l’un des principaux espaces de conservation végétale en Haïti, a subi de graves destructions, mettant en péril plus de vingt années d’activités consacrées à la biodiversité, à la recherche et à l’éducation environnementale. La nouvelle a été annoncée par les responsables du site, à travers des publications diffusées sur les réseaux sociaux.
Les images partagées montrent des zones calcinées et réduites en cendres, où se trouvaient de nombreuses collections de plantes endémiques et natives. Ces espèces avaient été rassemblées au fil des années à travers différentes régions du pays dans le cadre d’un travail de conservation jugé essentiel face à la disparition progressive de plusieurs variétés végétales locales.
Toutefois, le directeur départemental de l’Environnement du Sud, Jean Marc Chérisier, a apporté un démenti formel sur l’ampleur des faits. Selon lui, il ne s’agit pas d’un incendie généralisé, mais de dégâts localisés. « Le Jardin Botanique des Cayes n’a pas été incendié. Les images diffusées ne montrent pas toute la réalité », a-t-il précisé.
Créé en 2003 sur un terrain de six carreaux et demi situé à Bergeaud, aux Cayes, le jardin est né de l’initiative de William Cinéa, ingénieur forestier et botaniste formé en République dominicaine, entre 1995 et 2000. À son retour en Haïti, il avait lancé le projet « Haïti Verte », devenu par la suite Jardin Botanique des Cayes. Le site s’était progressivement imposé comme un lieu de référence dans le Sud du pays.
Durant plus de deux décennies, le jardin a accueilli des élèves, des universitaires, des chercheurs ainsi que des visiteurs intéressés par la flore haïtienne. Il servait à la fois de centre d’apprentissage, de sensibilisation écologique et d’espace scientifique consacré à la préservation des espèces menacées.
L’incendie du site intervient dans un contexte de litige foncier. Le terrain n’appartenait pas au fondateur, mais faisait l’objet d’un bail conclu avec la famille propriétaire. Un contrat de bail agricole avait été signé avec Laurette Milard Gérard, représentée par son avocat. Depuis plusieurs années, des tensions existaient autour de l’avenir de la propriété.
En 2018, la résiliation du bail a été annoncée par un héritier, qui a proposé une promesse de vente du terrain. L’équipe du jardin a alors sollicité l’intervention de l’État haïtien pour acquérir la propriété. Le terrain aurait été estimé à plus de 800 000 dollars américains. La démarche, engagée via le ministère de l’Environnement et l’Agence nationale des aires protégées (ANAP), a échoué faute de documents fonciers fournis par les vendeurs.
La crise s’est aggravée en 2025, lorsque l’équipe du jardin a dénoncé une fermeture forcée du site et des tentatives d’expulsion. Selon le directeur départemental de l’Environnement du Sud, les dégâts remontent entre décembre 2025 et janvier 2026, lorsqu’une partie du terrain a été utilisée par la famille Paloma pour produire du charbon de bois. « Depuis plus de huit mois, le Jardin Botanique des Cayes est fermé de force », dénonce les responsables du jardin. Aucun enfant, aucun étudiant, aucun chercheur, aucun visiteur ne peut y accéder.
Selon les responsables du jardin, la situation s’est soldée par la reprise du contrôle du terrain, la destruction des collections botaniques et l’incendie du jardin. Certaines plantes auraient également été coupées pour être transformées en charbon de bois. Jean Marc Chérisier reconnaît, quant à lui, que cette pratique est préoccupante et la condamne. Il indique que des discussions sont en cours entre les responsables du jardin et la famille concernée afin de trouver une solution.
Face à cette situation, le ministère de l’Environnement a condamné fermement ces actes le 24 avril 2026. Dans un communiqué officiel, l’institution dénonce des agissements « graves » portant atteinte à un patrimoine d’intérêt national et exprime sa « profonde consternation ». Le site a été sécurisé en coordination avec le ministère de la Justice, l’ANAP et la direction départementale du Sud. Le dossier est actuellement à l’étude au niveau judiciaire.
Par ailleurs, une pétition citoyenne a été lancée pour alerter les autorités haïtiennes. Elle vise à recueillir 5 000 signatures avant la Journée mondiale de l’environnement. Les signataires réclament l’ouverture d’un dialogue avec la famille Gérard, la relance du processus d’acquisition du terrain ou, à défaut, la relocalisation du jardin dans le département du Sud, conformément à la Constitution haïtienne de 1987.
Les dégâts infligés au Jardin Botanique des Cayes représentent une perte majeure pour le patrimoine écologique national. Sa destruction constitue « un triple échec : écologique, scientifique et institutionnel ».
Lydwine Boncard






















