Depuis trois mois, du 29 octobre au 29 janvier, les autorités compétentes n’ont pas répondu aux besoins des victimes de l’Ouragan Melissa à Petit-Goâve, malgré les mouvements de protestation réclamant de meilleures conditions de vie et le droit à la vie.
La commune de Petit-Goâve a été frappée par l’ouragan Mélissa dans la nuit du 28 au 29 octobre. L’ouragan a balayé la ville, emportant bétail, plantations, maisons et véhicules, et causant la mort de plus de vingt personnes, dont dix enfants. Dix personnes sont toujours portées disparues. Les dégâts sont considérables.
Les funérailles collectives ont eu lieu le 15 novembre 2025, à la Place d’Armes, en présence des autorités locales et centrales. Peut-être le seul moment où l’on pense à la perte et à la dignité humaine. Après trois mois, les routes restent toujours endommagées. Au niveau de la rivière la Digue, les mêmes dangers et menaces d’avant planent encore, car, il n’y a pas d’intervention de drainage ou de curage. Les victimes sont oubliées et négligées
Le désastre malgré les alertes
Les désastres étaient déjà prévisibles. Le 6 août 2025, une lettre signée par deux membres du Conseil d’administration de la section communale, Nosalito Soliman, coordonnateur, et Dieumeine Raymond, membre, a été adressée au Premier Ministre, Alix Didier Fils aimé. Cette correspondance visait alors à alerter l’État central sur la situation alarmante de la rivière la Digue, située à la douzième section communale. Malheureusement, l’État central, pris par d’autres préoccupations, a ignoré la sonnette d’alarme.
Après avoir reçu et accusé réception des deux lettres, un point crucial à souligner est donc l’absence d’intervention de l’État central. Cette négligence, imputable à l’État, constitue la première description de ce désastre indélébile et ravageur.
Plus d’une cinquantaine de familles sont toujours dans la rue. Le 29 décembre, deux mois après le passage de l’ouragan, les sinistrés de Gaston, privés de soins et victimes de diverses formes de privatisation, ont été contraints de quitter le site d’hébergement chez Romanex. Ils ont alors occupé l’espace de la mairie, où ils se trouvent toujours. Ils ont manifesté dans les rues pour réclamer des solutions adéquates à leur situation. Malheureusement, aucune mesure n’a été prise depuis.

Dénonçant le manque d’intervention de l’État et la lenteur de la réponse humanitaire, soulevant les failles structurelles dans la gestion des catastrophes en Haïti, les victimes continuent de gagner les rues quoique en petit groupe. Le 10 janvier marque notamment la dernière date de protestation des victimes où les habitants de Nan Banann ont bloqué la route nationale #2 au niveau de Pont Caïman.
Le sort des sinistrés reste ignoré
Quelles actions durables du côté de l’État central et des autorités locales sont-elles posées dans le but de reloger ces victimes qui dorment dans des situations déplorablement inhumaines ? Après un chèque de 250.000, les familles des victimes n’ont rien reçu d’autre que des funérailles. Ni relogement. Ni assistance. Rien.
Trois mois après le passage de l’ouragan, selon un rapport de l’Association des Séminaristes pour le Développement de la Région Goâvienne (ASDRG), après avoir passé deux mois au site d’hébergement de Gaston sans soins et soutiens, les victimes ont pu trouver refuge au local de la mairie où plus plus d’une quarantaine d’enfants ne peuvent toujours pas retourner à l’école, constate l’association.
« À la mairie, la situation est précaire. Les sinistrés sont hébergés dans des conditions inhumaines, dormant à la belle étoile, sans accès à l’eau potable, ni soins de santé, entre autres, ni accompagnement psychologique », avance l’un des responsables du site d’hébergement, Woodendy Clermont, secrétaire général de l’ASDRG.


À ce compte, « nous demandons aux autorités d’identifier un espace pour relocaliser les victimes afin de leur permettre de retrouver leur dignité humaine et leur intimité », conclut-il.
Trois mois plus tard, l’urgence n’est plus seulement humanitaire, elle est aussi morale et politique. Reloger ces familles n’est pas un acte de charité, mais une obligation de l’État.






