Le monde de la musique haïtienne est en deuil suite à l’annonce du décès d’André « Dadou » Pasquet, survenu le 22 novembre 2025 des suites d’une maladie courageusement affrontée. La nouvelle, confirmée par sa famille via les réseaux sociaux le dimanche 23 novembre, marque la fin de la carrière d’un musicien souvent surnommé le « roi de la guitare compas », et dont l’influence s’étend bien au-delà des frontières haïtiennes.
S’appuyant sur son slogan : « La seule différence », Dadou Pasquet a su sculpter un style guitaristique et un héritage musical uniques.
Un parcours musical précoce
Né le 19 août 1953, André Pasquet est issu d’une véritable dynastie de musiciens. Ses frères Carlo et Claude Pasquet, son cousin Pierre Prato, et ses oncles Roodolphe « Dòdòf », Richard, et Alexandre Legros sont tous des figures respectées de la scène musicale haïtienne.
Son initiation aux instruments a débuté très jeune, entre 9 et 12 ans. Dès l’âge de 13 ans, Dadou Pasquet évoluait déjà aux côtés de figures chevronnées. Durant son enfance, il a eu l’opportunité de jouer avec Fritz Grand Pierre, ancien bassiste d’un collectif incluant Nemours Jean-Baptisten ; le maestro Raoul Guillaume, considéré comme l’un des monuments de la musique haïtienne. Son talent a été rapidement remarqué par ces illustres devanciers, faisant de lui l’un des guitaristes les plus avant-gardistes de sa génération.
De New York à l’expérience de Tabou Combo
En 1967, Dadou Pasquet prend la décision de s’installer à New York. Il intègre son premier groupe dans la métropole américaine, baptisé « Tropical », bien qu’il n’ait jamais sorti d’album.
Un tournant majeur de sa carrière se situe au début des années 1970, lorsqu’il rejoint le Tabou Combo pour une période de cinq ans. En compagnie de Roger « Shoubou » Eugène et Yvon « Biassou » Mondésir, il forme un trio vocal marquant. En tant que guitariste, compositeur et arrangeur, Dadou Pasquet a contribué au succès de quatre albums emblématiques du groupe : Canne à sucre, Respect, 8th Sacrement et The masters. Cette expérience, bien que fructueuse, lui aurait laissé un goût amer, aiguisant son ambition artistique.
La création de Magnum Band : la « Seule Différence »
Fort de son expérience et de sa vision musicale, André Dadou Pasquet fonde son propre groupe, le Magnum Band, le 24 juin 1976. Ce groupe, dont le slogan était également « La seule différence », allait connaître un succès retentissant et influencer des générations d’artistes.
Le Magnum Band a permis à Dadou Pasquet, qui a également étudié au Staten Island College (États-Unis), d’exprimer toute l’étendue de sa créativité. Sa musique se caractérisait par une combinaison mêlant la tradition des rythmes locaux et caribéens (reggae, calypso) à des influences modernes issues du jazz, du blues et du funk, tout en reposant sur un konpa rythmique.
Le Magnum Band a produit de nombreux succès, notamment : Pike devan, Grann, Adoration et autres. En 2007, l’album 30 ans/Magnum Band, la seule différence a célébré cet héritage, faisant suite à Les archives de Dadou Pasquet (1998).
Un héritage indestructible
La disparition d’André Dadou Pasquet représente une perte significative et profonde pour la culture musicale haïtienne. Son influence, caractérisée par une recherche constante de l’innovation et de la perfection, a laissé un héritage de mélodies, de rythmes, et d’une créativité sans compromis.
Ce guitariste surdoué, compositeur, et pilier du Magnum Band a su capter le sentiment dynamique de l’âme haïtienne et lui donner un nouveau souffle. Son œuvre continuera d’inspirer les musiciens et de séduire les mélomanes, témoignant de l’impact indélébile d’un homme qui fut sans conteste l’un des plus grands et des plus innovateurs musiciens de sa génération.





